Comment expédier des œuvres d'art et des tableaux

Dernière relecture le 15 octobre 2026

Avant de commencer

La plupart des dégâts pendant le transport ont trois causes : un choc sur un coin, un verre qui se brise sur la surface, et quelque chose qui touche la peinture. Chaque méthode ci-dessous sert à éviter ces trois risques.

  1. Choisissez la méthode en fonction de l'œuvre, pas du carton que vous avez sous la main.
L'œuvre Comment l'envoyer
Petite ou moyenne, encadrée, avec verre ou acrylique devant À plat, en double carton (voir Œuvres encadrées sous verre ou acrylique)
Toile sur châssis, non encadrée À plat, prise en sandwich entre deux plaques rigides, en carton (voir Toiles non encadrées sur châssis)
Aquarelle, estampe, dessin sur papier À plat, entre deux plaques rigides (voir Œuvres sur papier, pastel et fusain)
Pastel, fusain, crayon tendre À plat, face vers le haut, rien ne touchant la surface (voir Œuvres sur papier, pastel et fusain)
Grande toile, peinture souple et parfaitement sèche Roulée dans un tube, seulement si elle s'y prête (voir Toiles roulées dans un tube)
Grande, lourde, ancienne, fragile ou de valeur Caisse en bois ou transporteur spécialisé en œuvres d'art (voir Œuvres de grand format ou de valeur)
  1. Examinez l'œuvre. La peinture est-elle parfaitement sèche (plus du tout collante) ? Le cadre est-il solide, le fil d'accrochage bien fixé, le verre intact ? La peinture s'écaille-t-elle quelque part ? Une œuvre qui s'écaille ou qui est abîmée ne doit pas voyager avant d'avoir été examinée par un restaurateur.
  2. Photographiez-la avant l'emballage. Le recto, le verso, les coins, la signature, les marques déjà présentes, plus quelques photos de chaque étape de l'emballage. Ce sont vos preuves en cas de réclamation. Si l'œuvre est sur Philoteknia, ajoutez ces photos à sa fiche : elles font désormais partie de son histoire.
  3. Mesurez et pesez l'œuvre avec son cadre. Les transporteurs facturent selon les dimensions autant que selon le poids : un carton à peine plus grand que nécessaire vous fait faire des économies.
  4. Travaillez proprement. Une table dégagée, des mains propres ou des gants en coton, ni bagues ni montre. Faites-vous aider pour tout ce que vous ne pouvez pas soulever seul sans effort.

Le matériel

Tout cela se trouve dans un magasin d'emballage ou en ligne ; chaque œuvre ne demande pas tous ces articles.

Matériel À quoi il sert
Papier cristal ou papier de soie sans acide Première couche contre l'œuvre. Lisse, non collant, il ne marque pas la surface
Ruban adhésif à faible adhérence (ruban de masquage ou ruban d'artiste) Pour scotcher le verre et tout ce qui peut toucher le cadre. Se retire proprement
Papier bulle Pour amortir autour de l'œuvre emballée. Les bulles toujours vers l'extérieur, jamais contre l'œuvre
Protège-coins (carton ou mousse) Ce sont les coins du cadre qui encaissent les chocs ; les protège-coins les absorbent
Carton plume ou carton ondulé rigide Plaques pour prendre en sandwich les toiles et les œuvres sur papier
Cartons neufs double cannelure, en deux tailles Carton intérieur et carton extérieur. Un carton usagé a perdu une bonne partie de sa solidité
Tube rigide (paroi épaisse, bouchons) Pour les toiles roulées uniquement
Ruban adhésif d'emballage solide Pour fermer les cartons, jamais sur l'œuvre
Marqueur et étiquettes Adresse, « Fragile », « Haut », « Verre », « Ne pas poser à plat » selon le cas

Évitez le papier journal (l'encre déteint), le film plastique directement sur la peinture ou le papier (il emprisonne l'humidité et peut coller) et les chips de calage (ils se déplacent et laissent l'œuvre glisser au fond du carton).

Œuvres encadrées sous verre ou acrylique

Le principal risque, c'est le verre : s'il se brise, les éclats entaillent l'œuvre. Scotchez-le d'abord, puis ajoutez les couches de l'intérieur vers l'extérieur.

  1. Nettoyez le verre pour ne pas enfermer de traces de doigts.
  2. Scotchez le verre (verre véritable uniquement). Posez du ruban à faible adhérence en quadrillage ou en grand X sur toute la vitre. Si le verre se brise, le ruban retient les morceaux. Ne scotchez pas l'acrylique (Plexiglas) : il se raye facilement et le ruban peut le marquer. Couvrez plutôt l'acrylique de papier de soie.
  3. Très grand cadre vitré ? Envisagez de faire retirer le verre par un encadreur, puis de l'envoyer séparément ou de le faire remplacer à l'arrivée. Ce sont les grandes vitres qui se brisent le plus facilement.
  4. Enveloppez l'œuvre de papier cristal ou de papier de soie sans acide, devant et derrière, en ne scotchant le papier que sur lui-même. Ne scotchez jamais par-dessus l'étiquette Philoteknia au dos, et veillez à ce qu'elle reste visible à l'arrivée.
  5. Posez des protège-coins sur les quatre coins.
  6. Enveloppez de papier bulle, bulles vers l'extérieur, en deux ou trois couches, sur environ 5 cm d'épaisseur de tous les côtés. Scotchez les jointures.
  7. Prenez l'œuvre en sandwich entre deux plaques rigides un peu plus grandes que le cadre et scotchez-les ensemble. Ainsi, rien ne peut transpercer la face.
  8. Carton intérieur : placez-la dans un carton bien ajusté et comblez tout vide pour qu'elle ne puisse pas bouger.
  9. Carton extérieur (double carton) : mettez le carton intérieur dans un carton plus grand, avec au moins 5 cm de calage de chaque côté. C'est l'étape la plus efficace contre les manipulations brutales.
  10. Test de secousse : fermez le carton et inclinez-le doucement. Si vous entendez ou sentez quelque chose bouger, ajoutez du calage.
  11. Fermez et étiquetez : scotchez toutes les jointures et tous les rabats ; inscrivez « Fragile », « Verre » et des flèches « Haut ». Expédiez les œuvres encadrées debout sur la tranche, pas couchées à plat.

Toiles non encadrées sur châssis

La couche picturale est à nu : rien ne doit donc appuyer dessus, et la toile peut se déformer sous une pression par l'avant comme par l'arrière.

  1. Assurez-vous que la peinture est parfaitement sèche. L'huile peut sembler sèche en surface et rester molle en dessous ; une peinture épaisse (empâtements) demande des semaines, voire des mois. En cas de doute, attendez.
  2. Couvrez la face de papier cristal, pas de papier bulle ni de plastique. Rabattez-le autour des montants du châssis et scotchez-le sur lui-même ou au dos du châssis, jamais sur la peinture.
  3. Protégez le dos : découpez une plaque rigide aux dimensions de l'intérieur du châssis, côté dos, pour que rien ne puisse enfoncer la toile par l'arrière. Ne scotchez jamais par-dessus l'étiquette Philoteknia au dos, et veillez à ce qu'elle reste visible à l'arrivée.
  4. Protège-coins sur les quatre coins.
  5. Prenez la toile en sandwich entre deux plaques rigides un peu plus grandes qu'elle.
  6. Peinture épaisse ou texturée : la plaque avant ne doit pas toucher la peinture. Fabriquez un « plateau » peu profond avec des cales (des bandes de carton sur les bords du châssis) pour que la plaque avant reste au-dessus de la surface.
  7. Papier bulle, puis double carton, exactement comme pour les œuvres encadrées (voir Œuvres encadrées sous verre ou acrylique, étapes 6 à 11).

Œuvres sur papier, pastel et fusain

Le papier doit rester plat et au sec ; les techniques poudreuses ne doivent pas être touchées du tout.

Aquarelles, estampes, dessins à l'encre et au crayon (non encadrés)

  1. Posez l'œuvre face vers le haut sur une plaque rigide un peu plus grande que la feuille.
  2. Couvrez de papier cristal. Maintenez l'œuvre en place avec des coins photo en papier ou en scotchant le papier cristal sur la plaque, sans jamais mettre de ruban sur l'œuvre.
  3. Posez une seconde plaque par-dessus et scotchez les deux plaques ensemble sur tous les côtés.
  4. Glissez le sandwich dans une enveloppe ou un carton plat et rigide, calé pour qu'il ne puisse pas bouger, et inscrivez « Ne pas plier ».

Ne roulez ni ne pliez jamais une œuvre sur papier pour économiser sur l'affranchissement : les plis sont définitifs.

Pastel, fusain et crayon tendre

Ces œuvres s'estompent au moindre contact, la méthode change donc :

  • Rien ne doit reposer sur la surface, pas même du papier cristal, si l'œuvre n'est pas fixée. Fabriquez une boîte peu profonde ou un « plateau » avec des bandes de carton autour des bords, pour que le couvercle reste au-dessus de l'œuvre sans la toucher.
  • Gardez-la toujours face vers le haut et inscrivez « Ce côté vers le haut » sur plusieurs faces du carton.
  • Les pastels encadrés gagnent à l'être avec un passe-partout ou une cale d'espacement, pour que le verre ne touche pas le pastel. Ne protégez jamais un pastel avec un vitrage acrylique : l'électricité statique peut arracher le pigment du papier.
  • Verre sur un cadre de pastel : scotchez-le comme n'importe quel verre (voir Œuvres encadrées sous verre ou acrylique). Ne heurtez pas le cadre et ne le faites pas vibrer pendant l'emballage : le pigment qui se détache tombe sur le passe-partout.

Toiles roulées dans un tube

Rouler une toile coûte moins cher et convient aux grandes toiles modernes, mais c'est la méthode la plus risquée pour la peinture. Ne l'utilisez que si les conditions ci-dessous sont réunies, et prévenez le destinataire à l'avance que la toile devra être remise sur châssis.

Ne roulez pas si la peinture est épaisse ou texturée, ancienne ou cassante, craquelée ou écaillée, pas complètement sèche, ou si l'œuvre est sur papier, sur carton ou sur panneau. En cas de doute, expédiez à plat.

  1. Retirez la toile de son châssis avec précaution, en ôtant les agrafes ou les clous avec un outil plat. Gardez les montants du châssis si le destinataire compte les réutiliser.
  2. Utilisez le mandrin le plus large possible. Plus le diamètre est grand, moins la peinture est courbée. À l'intérieur du tube d'expédition, roulez la toile sur un mandrin séparé (un tube en carton solide, ou un tube de rouleau de tissu) enveloppé de papier cristal.
  3. Posez une feuille de papier cristal ou de papier de soie sans acide sur la peinture, plus grande que la toile.
  4. Roulez la toile peinture vers l'extérieur. C'est ce que recommandent les restaurateurs : quand la toile est ensuite déroulée et remise à plat, la peinture qui était à l'extérieur se retrouve comprimée plutôt qu'étirée, et risque donc moins de se craqueler.
  5. Roulez lentement et régulièrement, en gardant les bords alignés et en lissant les plis du papier.
  6. Enveloppez le rouleau de papier bulle, bulles vers l'extérieur, jusqu'à ce qu'il tienne bien ajusté dans le tube d'expédition.
  7. Tube d'expédition : rigide, à paroi épaisse, avec bouchons, environ 10 cm plus long que le rouleau. Calez les deux extrémités pour que le rouleau ne puisse pas glisser.
  8. Scotchez les bouchons, et pour les longs trajets, envisagez de placer le tube dans un carton.

À l'arrivée, la toile doit être déroulée à température ambiante et remise sur châssis par un encadreur, sans rester roulée longtemps.

Œuvres de grand format ou de valeur

Au-delà d'une certaine taille, d'un certain poids ou d'une certaine valeur, un carton ne suffit plus et un réseau de colis n'est plus le bon canal.

Utilisez une caisse en bois quand l'œuvre est grande, lourde, a un cadre sculpté ou doré fragile, ou part à l'étranger. Les fournisseurs d'emballage vendent des caisses toutes faites ; un encadreur ou un emballeur d'œuvres d'art peut en fabriquer une sur mesure. L'œuvre emballée est maintenue à l'intérieur par des blocs de mousse pour ne pas toucher les parois de la caisse.

Faites appel à un transporteur spécialisé en œuvres d'art quand :

  • l'œuvre est trop grande ou trop lourde pour un transporteur de colis ;
  • sa valeur dépasse ce qu'un transporteur de colis veut bien assurer (voir Transporteurs, assurance et étiquetage) ;
  • elle est ancienne, fragile ou abîmée ;
  • elle quitte l'UE et peut nécessiter une licence d'exportation (voir Envoyer à l'étranger).

Les transporteurs spécialisés viennent chercher l'œuvre, l'emballent sur place, la transportent dans des véhicules climatisés, s'occupent des formalités douanières et proposent une assurance « de clou à clou » (du mur qu'elle quitte au mur où elle arrive). Ils coûtent plus cher, mais pour une œuvre de valeur ou irremplaçable, c'est la seule option raisonnable. Demandez un devis à au moins deux d'entre eux, et demandez quelle assurance est comprise.

Une solution intermédiaire : certains magasins d'emballage et encadreurs emballent l'œuvre pour vous, et vous réservez ensuite le transporteur vous-même.

Transporteurs, assurance et étiquetage

Lisez les conditions du transporteur avant de réserver : beaucoup de transporteurs limitent ou excluent les œuvres d'art, et une œuvre envoyée en dehors de ces conditions risque de n'être couverte d'aucune façon.

  • Vérifiez si les œuvres d'art sont acceptées, et jusqu'à quelle valeur. DHL Express, par exemple, classe les œuvres d'art parmi les articles soumis à restrictions : au-delà d'un seuil de valeur, il ne les accepte qu'avec un accord écrit préalable, et ce seuil varie d'un pays à l'autre (conditions de DHL Express par pays). Les services postaux et les autres messageries ont leurs propres règles.
  • Un envoi « recommandé » ou « avec valeur déclarée » n'est pas une assurance pour œuvres d'art. La couverture est généralement plafonnée à un montant fixe et exige souvent une preuve de la valeur. Comparez ce plafond à la valeur de l'œuvre.
  • Interrogez votre propre assureur. Certaines assurances habitation couvrent les œuvres pendant le transport, ou peuvent ajouter cette garantie pour un envoi ponctuel.
  • Déclarez une valeur réaliste, justifiée par une facture, une estimation ou une vente comparable récente. Vous ne pourrez jamais réclamer plus que ce que vous pouvez prouver.
  • Choisissez une livraison suivie, contre signature, et évitez d'envoyer un vendredi, pour que le colis ne passe pas le week-end dans un dépôt.
  • Étiquetage : l'adresse sur le dessus et sur un côté, une copie de l'adresse à l'intérieur du carton, « Fragile », des flèches « Haut » sur tous les côtés, et « Verre » le cas échéant.
  • Conservez tout : le reçu, le numéro de suivi, vos photos d'emballage.

Envoyer à l'étranger

Au sein de l'UE, les œuvres circulent librement : aucune formalité douanière pour les envois entre particuliers. Quitter l'UE, c'est autre chose.

Hors de l'UE, chaque envoi passe par la douane. Il vous faut une déclaration en douane (le transporteur fournit le formulaire) indiquant ce qu'est l'œuvre, sa valeur et s'il s'agit d'un cadeau, d'une vente ou d'une exportation temporaire. Le destinataire peut avoir à payer la TVA à l'importation ou des droits de douane dans son pays.

Certaines œuvres nécessitent aussi une licence d'exportation. Les règles de l'UE imposent une licence pour sortir des « biens culturels » de l'UE, même quand vous les envoyez par la poste ou les emportez dans vos bagages (Inspection du patrimoine des Pays-Bas). Pour les œuvres d'art, la licence n'est nécessaire que si l'œuvre a plus de 50 ans, n'appartient pas à l'artiste qui l'a réalisée et vaut plus de :

Catégorie Seuil de valeur de l'UE
Tableaux (huile, acrylique, toute technique autre que celles ci-dessous) €150,000
Aquarelles, gouaches, pastels €30,000
Dessins €15,000
Estampes originales (gravures, lithographies, sérigraphies) €15,000
Sculptures €50,000

Source : annexe du règlement (CE) n° 116/2009, confirmée par le service du patrimoine culturel de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

En dessous de ces seuils, aucune licence de l'UE n'est nécessaire. Sachez que chaque pays peut protéger certaines œuvres au titre du patrimoine national selon ses propres règles, et que certains (la France, par exemple) appliquent des seuils nationaux plus élevés. Si une œuvre risque d'être concernée, renseignez-vous auprès de l'autorité du patrimoine de votre région ou de votre pays avant l'envoi, ou confiez-le à un transporteur spécialisé.

Un envoi vers ou depuis le Royaume-Uni, la Suisse, la Norvège ou les États-Unis compte comme une sortie de l'UE.

À l'arrivée

Demandez au destinataire :

  1. D'examiner le carton avant de signer et de noter tout dommage visible sur le bon de livraison.
  2. De laisser le colis reposer quelques heures à température ambiante avant de l'ouvrir, s'il a voyagé dans le froid ou l'humidité.
  3. D'ouvrir le carton avec précaution, en coupant le ruban adhésif, sans jamais planter un couteau dans le carton.
  4. De photographier chaque couche pendant le déballage, ainsi que l'œuvre elle-même, avant de l'accrocher.
  5. De signaler immédiatement tout dommage au transporteur : les délais de réclamation sont courts.

Liste de contrôle rapide

  • Méthode choisie en fonction de l'œuvre (à plat, roulée, en caisse, transporteur spécialisé)
  • Peinture parfaitement sèche ; aucune écaille
  • Photos prises de l'œuvre et de l'emballage
  • Verre scotché (verre véritable uniquement)
  • Papier cristal ou papier de soie contre l'œuvre, rien de collant dessus
  • Coins protégés
  • Plaques rigides devant et derrière
  • Double carton, rien ne bouge au test de secousse
  • Transporteur qui accepte les œuvres d'art à cette valeur ; assurance vérifiée
  • Déclaration en douane et, si nécessaire, licence d'exportation (hors de l'UE)
  • Étiquettes sur tous les côtés ; copie de l'adresse à l'intérieur
  • Numéro de suivi communiqué au destinataire

Sources